Fertilité en couple : comment avancer vraiment à deux

💬 Introduction : une histoire qui m’a marquée

Je me souviens d’un couple reçu quand j’étais jeune chef de clinique. Ils essayaient d’avoir un enfant depuis plus d’un an. L’ambiance était tendue, les échanges froids. Quand j’ai proposé un simple bilan de fertilité, j’ai inclus une sérologie Chlamydiae, un test souvent utile pour vérifier d’éventuelles infections passées qui peuvent altérer la fertilité.
Le mari s’est alors emporté : “Pourquoi moi ? C’est sûrement elle qui a eu quelque chose !”
Silence glacial dans la pièce. Quelques jours plus tard, les résultats tombent : le test est positif chez lui. Et cette fois, c’est elle qui a éclaté : “Tu vois, c’est toi !”

Cette consultation m’a profondément marquée. Parce qu’au-delà de la biologie, j’ai vu la souffrance d’un couple qui cherchait un coupable alors qu’ils partageaient le même rêve : avoir un enfant.
Ils ont finalement eu deux enfants grâce à la FIV, mais le chemin a été long avant qu’ils trouvent confiance l’un dans l’autre, et également avec moi. Cela n’a été possible qu’après avoir cessé de se pointer du doigt et appris à faire équipe.

C’est ce dont je veux te parler ici. 🌿

❤️ Le projet bébé : quand la charge mentale pèse surtout sur les femmes

La plupart du temps, c’est elle qui prend rendez-vous, elle qui compte les jours, note la glaire, surveille la température, s’inquiète, culpabilise.
Lui, souvent, suit le mouvement, de bonne volonté mais un peu perdu face à tout ce protocole invisible.

C’est une réalité : la charge mentale de la fertilité repose très majoritairement sur les épaules féminines.
Parce que depuis toujours, on associe la maternité à la responsabilité, à la compétence, à la valeur même d’une femme.
Et quand la grossesse tarde, cette pression intérieure devient un poison silencieux :

“C’est mon corps qui ne marche pas.”
“C’est moi qui bloque.”

Sauf que non. L’infertilité n’est pas une faute, ni un défaut, encore moins une punition. C’est une maladie de couple, une situation partagée.
Et pour la traverser, il faut justement être deux.

💔 Quand la fertilité crée des malentendus

Dans mon bureau de consultation, je vois souvent des couples désalignés : l’un parle d’enfant, l’autre d’ovulation.
L’un questionne, l’autre se tait.
Et peu à peu, chacun s’enferme dans sa propre bulle émotionnelle.

L’infertilité, telle une maladie chronique, a cette capacité à faire ressortir les différences de communication.

👉Chez beaucoup de femmes, le besoin est de parler, de mettre des mots, d’exprimer le manque.

👉Chez beaucoup d’hommes, le réflexe est l’inverse : se taire pour ne pas ajouter de stress, ou par peur d’aggraver la peine de l’autre.

Résultat : tu lui reproches de ne pas s’impliquer, il se sent accusé sans comprendre ce qu’on attend de lui.
Un cercle vicieux se met en place : plus tu parles, plus il se referme ; plus il se tait, plus tu t’épuises.

Et parfois, il suffit d’un mot, d’un test, pour que tout bascule dans le reproche.

“C’est à cause de toi.”
“Tu aurais dû faire attention.”
“J’aurais dû écouter ma mère…”

En réalité, dans 30 à 40 % des cas les causes sont mixtes : une part masculine, une part féminine, ou aucune cause n’est clairement identifiée.
Quoi qu’il en soit : c’est le couple dans son ensemble qui traverse l’épreuve, pas une seule personne.

🧠 Chercher “à qui la faute” : une réaction humaine… mais inutile et destructrice

Rechercher un coupable, c’est un réflexe humain. Et universel ! 

fertilité en couple : ne pas chercher un coupable

C’est loin d’être spécifique à la fertilité.
Quand on souffre, on veut comprendre pourquoi.
Et quand le diagnostic tombe — réserve ovarienne basse, infection ancienne, spermatozoïdes peu nombreux — il devient tentant de désigner un coupable.

Mais la culpabilité et la rancune forment une barrière invisible entre les deux partenaires.
Elles minent la confiance, la tendresse, le projet de couple.


De nombreuses études le montrent : les couples qui se rejettent la faute ont plus de symptômes dépressifs, plus de conflits, et des taux de rupture plus élevés après plusieurs échecs de traitements.
À l’inverse, ceux qui parviennent à voir le problème comme un défi commun conservent une meilleure satisfaction conjugale, même sans grossesse.

🤍 “Ce n’est pas toi contre lui. C’est vous contre le problème.”

💡 Changer cette perspective, c’est déjà soigner une partie de la blessure.

🪞 Comprendre la différence de vécu entre homme et femme

La biologie joue un rôle.
Chez la femme, le cycle est visible, tangible : règles, ovulation, symptômes.
Chez l’homme, la fertilité est silencieuse : pas de signe extérieur, pas de “mois fertile”.

De plus, la virilité reste encore associée à la fertilité masculine.
Pour beaucoup d’hommes, entendre qu’ils ont “un problème de sperme” résonne comme un échec personnel. Certains refusent même les bilans ou se ferment à la discussion par peur d’être jugés.
Pour aller plus loin sur la fertilité masculine

Et de ton côté, il peut être difficile de comprendre ce repli : tu veux avancer, il bloque.
Ce décalage crée de la frustration, alors qu’en réalité, vous souffrez différemment du même manque.

👉 La clé, c’est la communication — mais une communication douce, non accusatrice.
Dire “je me sens seule” n’a pas le même impact que “tu ne fais rien”.
Exprimer son besoin d’être soutenue est bien plus productif que reprocher l’absence de soutien.

🌿 Comment impliquer ton partenaire sans pression

Tu ne peux pas “forcer” ton partenaire à s’impliquer davantage.
Mais tu peux créer un espace où il a envie de le faire.

💬 1. Parler de ce que vous vivez, pas seulement du résultat

Au lieu de centrer les conversations sur “quand” et “comment”, parle du “comment je le vis”.
Ce que tu ressens, tes peurs, tes doutes. Et invite-le à faire de même.
Les hommes ont souvent du mal à nommer leurs émotions, mais quand le climat est sécurisant, ils finissent par s’ouvrir.

fertilité : une affaire d'équipe

🌙 2. L’inclure dans le parcours médical

Même si les rendez-vous concernent ton corps, il peut venir, écouter, poser ses questions.
Souvent, cela change tout. Il comprend mieux la charge que tu portes, et toi, tu ne te sens plus seule. 

🍽️ 3. Adopter ensemble des habitudes “fertilité-friendly”

Alimentation équilibrée, réduction du stress, sommeil régulier, activité physique douce, zéro alcool…
Faire ces changements ensemble est bien plus motivant et crée une dynamique positive.
Cela évite que l’un se sente “patient” et l’autre “accompagnant”.
Pour aller plus loin sur les 5 habitudes pour ta santé reproductive

💗 4. Recréer du lien en dehors du projet bébé

L’attente peut tout envahir : les conversations, les câlins, les pensées.
Il est vital de retrouver une intimité sans enjeu.
Sortir, rire, faire l’amour pour le plaisir, sans “objectif d’ovulation”.
C’est paradoxalement ce relâchement qui redonne vie au couple… et parfois, à la fertilité.

Au final, l’objectif est de faire de ton partenaire ton premier et meilleur soutien pour la vie.

💞 Faire équipe : pas pour augmenter les chances… mais pour mieux vivre le parcours

J’entends souvent dire que les hommes sont « en retrait » dans les parcours de fertilité.
C’est souvent vrai : la femme prend l’initiative, gère les rendez-vous…

Mais en réalité, je vois aussi très régulièrement l’inverse en consultation.
Des hommes investis, organisés, parfois même un peu trop : ils lisent tout, analysent tout, veulent comprendre et contrôler chaque paramètre… pendant que leur conjointe, fatiguée, déconnectée, se met en retrait.

Certains hommes m’ont également avoué qu’ils avaient du mal à trouver leur place.
Le médecin ne s’adresse souvent pas à eux, parfois même pas un regard, avec l’impression « d’être juste bon à donner ma semence ».

👉 Le décalage ne suit donc pas toujours un schéma homme/femme classique.

Ce qui compte, c’est de ne pas se désynchroniser durablement. Car le plus difficile dans un parcours de fertilité, ce n’est pas toujours le protocole… c’est le sentiment de solitude.

Faire équipe, c’est ne pas laisser l’un·e des deux avancer seul·e, dans son couloir d’inquiétudes ou de doutes.
Ce n’est pas forcément être alignés sur tout — mais se rejoindre sur l’essentiel :

« Je suis là avec toi. Même si je ne ressens pas exactement comme toi. Même si je ne sais pas toujours quoi dire. »

Quand les partenaires se parlent franchement, sans se juger, quand ils s’accordent des temps de pause ou se soutiennent à tour de rôle… quelque chose se détend.
Non, ça ne garantit pas une grossesse.
Mais ça rend le parcours moins lourd à porter.
Moins silencieux.
Moins dur.
Et au final ça peut devenir gagnant car une grande part d’échec vient de l’abandon anticipé du parcours.

Parfois, il suffit d’un rien :

  • un message d’encouragement le jour d’une prise de sang,
  • une présence silencieuse pendant une écho,
  • un fou rire entre deux stimulations…

Ces petits gestes n’ont pas de valeur médicale.
Mais ils ont une valeur humaine immense.
Ils tissent, fil après fil, une nouvelle alliance.

Alliance pour mieux vivre le parcours PMA

Et parfois, ce simple changement de posture transforme tout.
Pas forcément le résultat… mais la manière de traverser l’histoire.
Et ça, c’est déjà énorme. 💜

🪴 Et si la fertilité devenait une aventure à deux ?

L’infertilité n’est pas un échec conjugal. C’est un challenge de la vie.
Une opportunité (même douloureuse) de réinventer la façon de s’aimer et de se soutenir.

👉 Ce n’est pas toi contre ton corps.
👉 Ce n’est pas lui contre toi.
👉 C’est vous deux contre le challenge, ensemble.

Le chemin vers la parentalité — qu’il passe par la nature, la médecine ou une autre voie — devient alors un voyage de croissance commune.

🌺 Conclusion : se souvenir de l’essentiel

Tu ne contrôles pas tout, mais tu peux choisir comment vous avancez à deux.
Faire équipe, c’est accepter la vulnérabilité, reconnaître la douleur de l’autre, et garder la tendresse au cœur du parcours.

Ton couple est ton premier cocon de fertilité.
Et parfois, soigner la relation, c’est déjà soigner la fertilité. 💕

Études scientifiques sur lesquelles sont basées cet article

  • Asazawa et al. (2015)“Effects of a partnership support program for couples undergoing fertility treatment,”Japan Journal of Nursing Science. Étude contrôlée au Japon montrant qu’un programme visant à renforcer le soutien émotionnel et la coopération au sein du couple pendant un traitement d’infertilité a significativement réduit la détresse psychologique chez les femmes. L’intervention a amélioré la relation de couple sans affecter notablement la qualité de vie globale ni le vécu des hommes.
    Lien vers l’article
  • Reisi et al. (2024)“Relationships between couple collaboration, well-being, and psychological health of infertile couples undergoing assisted reproductive treatment,” Reproductive Health. Étude transversale sur 200 couples en AMP indiquant qu’une meilleure collaboration et entraide au sein du couple est associée à une diminution des symptômes dépressifs, anxieux et du stress pendant le parcours d’AMP. En d’autres termes, les couples qui « font équipe » face à l’infertilité présentent un meilleur bien-être psychologique durant le traitement.
    Lien vers l’article
  • Kremer et al. (2023)“Effectiveness of psychosocial interventions for infertile women: A systematic review and meta-analysis…,” PLOS One. Revue systématique récente (10 études depuis 2015) montrant que le soutien psychosocial pendant les traitements de fertilité améliore la santé mentale des patientes sans pour autant augmenter les taux de réussite de grossesse. Les interventions ont notamment réduit significativement les symptômes dépressifs chez les femmes infertiles, sans impact statistiquement significatif sur les taux de grossesse. Cette conclusion souligne que, même si le soutien émotionnel n’accroît pas les chances médicales de conception, il améliore nettement le vécu psychologique du parcours d’infertilité.
    Lien vers l’article

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2 réflexions sur “Fertilité en couple : comment avancer vraiment à deux”

  1. Très bel article qui peut tellement s’appliquer à tous les projets de couple, surtout ceux qui tiennent à cœur. Merci pour ces conseils bienveillants : faire équipe au lieu de chercher un coupable, mettre toutes les chances de notre côté et, surtout, « ne pas se désynchroniser durablement ».

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