Tu viens d’apprendre que tu as de l’endométriose. Et la question surgit, souvent avant même de rentrer chez toi : est-ce que je vais pouvoir avoir des enfants ?
C’est l’une des premières choses que mes patientes me demandent. Et je comprends pourquoi — dans les médias, les deux mots sont collés ensemble comme une évidence : endométriose = infertilité. Ce raccourci est faux. Il est aussi dangereux, parce qu’il fait souffrir des femmes inutilement.
Alors voilà ce que tu dois vraiment savoir. Pas de langue de bois. Pas de faux espoir. Juste les faits, bien expliqués, pour que tu puisses décider en conscience.

Endométriose et infertilité : stop au raccourci
Commençons par démonter l’idée reçue la plus répandue.
Oui, l’endométriose augmente le risque d’infertilité. Mais non, toutes les femmes atteintes ne sont pas infertiles. C’est une nuance capitale.
L’impact sur la fertilité dépend de plusieurs facteurs : le type de lésions, leur localisation, leur étendue, et leur retentissement sur ton environnement pelvien. Même les formes dites « superficielles » peuvent affecter les chances de conception — probablement par un mécanisme inflammatoire — ce qui laisse penser que l’endométriose est sous-diagnostiquée chez des femmes classées « infertilité inexpliquée ».
Les mécanismes en jeu
L’endométriose peut impacter la fertilité de plusieurs manières simultanées :
- Anatomique : adhérences, kystes ovariens, atteinte des trompes qui bloquent mécaniquement le chemin de l’ovocyte.
- Inflammatoire : l’inflammation chronique du pelvis perturbe la fécondation et réduit les taux d’implantation embryonnaire.
- Ovocytaire : la qualité des ovocytes peut être altérée. Nous n’avons pas encore de marqueur pour le mesurer — c’est un champ de recherche actif.
- Utérin : des anomalies d’implantation liées à des modifications de l’endomètre ont été identifiées.
- Sexuel : les douleurs pelviennes chroniques (dysménorrhée, dyspareunie) impactent la sexualité et la vie de couple — et donc la conception naturelle.
| 🔑 Ce qu’il faut retenir : L’endométriose n’est pas une fatalité. C’est un facteur de risque parmi d’autres — qui mérite une évaluation sérieuse, personnalisée, et pluridisciplinaire. |

Ta réserve ovarienne est-elle vraiment menacée ?
C’est une question légitime — et la réponse est plus nuancée qu’on ne le dit souvent.
L’endométriose n’affecte la réserve ovarienne que lorsqu’il y a une atteinte directe des ovaires, c’est-à-dire des endométriomes (kystes ovariens endométriosiques). Sans atteinte ovarienne, la réserve n’est pas touchée par la maladie.
Ce qui peut l’abîmer, en revanche, c’est la chirurgie. Chaque intervention sur les ovaires a un coût en follicules. C’est pourquoi la chirurgie des endométriomes n’est pas une décision anodine — elle doit toujours être pesée avec soin, en tenant compte du désir de grossesse et de la réserve disponible.
Comment évaluer ta réserve ?
L’évaluation passe par deux examens complémentaires :
- Le compte des follicules antraux (CFA) à l’échographie.
- Le dosage de l’AMH (hormone anti-müllérienne) dans le sang.
Ces deux examens peuvent être faits à n’importe quel moment du cycle. Et ils doivent être renouvelés dans le temps — tous les 6 à 12 mois — si tu as une atteinte ovarienne ou une réserve initiale plus basse que la moyenne pour ton âge.
Pour aller plus loin sur la réserve ovarienne, je t’invite à consulter cet article sur la réserve ovarienne et la fertilité.
| ⚠️ Attention si tu es sous contraception. La pilule et les progestatifs peuvent faire baisser l’AMH et le CFA de 15 à 25 %. Ce n’est pas un signe de mauvaise réserve — c’est un effet du traitement. Il faut interpréter avec un facteur correcteur. Ne te laisse pas inquiéter par un résultat sorti de son contexte. |
Ton projet de maternité : abordons-le franchement
Est-ce que tu veux des enfants ? Quand ? Bientôt, ou dans quelques années ?
Ce n’est pas une question indiscrète. C’est médicalement nécessaire. Parce que la stratégie de prise en charge n’est pas la même selon que ton projet est pour dans 6 mois ou dans 5 ans.
Cette conversation doit avoir lieu dès le diagnostic — pas dans 2 ans quand tu essaies de concevoir sans succès. Trop de femmes perdent un temps précieux parce que personne ne leur a posé la question au bon moment.
Ce que tu dois savoir pour décider librement
- Les chances de conception naturelle diminuent avec l’âge, de façon significative après 35 ans — l’endométriose n’est qu’un paramètre supplémentaire.
- Certains facteurs aggravent le pronostic : tabac, infections sexuellement transmissibles non traitées, d’autres causes d’infertilité chez ton partenaire. Autant les éliminer maintenant.
- La préservation ovocytaire (congélation d’ovocytes) est une option à discuter si tu n’es pas prête à concevoir maintenant mais que ta réserve est fragile ou que tu as une endométriose évolutive.
Tu n’as pas à décider tout de suite. Mais tu as le droit d’être informée maintenant. C’est ça, décider en conscience.
Chirurgie ou PMA : quelle stratégie pour toi ?
C’est LA question qui revient le plus souvent. Et la réponse honnête, c’est : ça dépend.
Il n’y a pas de protocole universel. La stratégie se construit à partir de ton bilan complet — type d’endométriose, état des trompes, réserve ovarienne, âge, durée d’infertilité, et bien sûr ton projet de vie.
L’EFI : l’outil qui change tout
L’Endometriosis Fertility Index (EFI) est un score clinique validé qui prédit les chances de grossesse selon ton profil. Il prend en compte :
- Ton âge.
- La durée de ton infertilité.
- Tes éventuelles grossesses antérieures.
- L’état de tes trompes et ovaires.
La bonne nouvelle : cet EFI peut désormais être estimé à l’échographie, avec une concordance de 85 à 95 % par rapport à l’évaluation chirurgicale. Ce qui signifie qu’on peut orienter ta prise en charge sans passer par une coelioscopie diagnostique — une opération qui ne se justifie plus en dehors d’une indication thérapeutique claire.
Les grandes lignes selon les recommandations
- Formes légères : la chirurgie peut être discutée, mais le bénéfice sur la fertilité reste modeste. Le traitement médical seul n’améliore pas les chances de conception.
- Formes modérées à sévères : la chirurgie améliore les chances de conception naturelle. En cas de réserve altérée ou d’échec, la PMA (et notamment la FIV) doit être proposée rapidement — sans attendre.
- PMA : la FIV donne des résultats comparables à ceux des autres indications, quel que soit le stade de l’endométriose. Le nombre d’ovocytes recueillis peut être plus faible en cas d’endométriose sévère, mais le taux de naissance vivante reste équivalent.
| 💬 Ce que je dis à mes patientesIl n’est plus acceptable de laisser souffrir une femme pour concevoir. Si la conception naturelle n’est pas possible ou trop risquée, la PMA n’est pas un échec — c’est une solution. L’objectif est de trouver le chemin le plus efficace pour toi, le plus vite possible. |
La grossesse guérit-elle l’endométriose ?
Non. Et c’est important de le dire clairement.
La grossesse n’est pas un traitement de l’endométriose. Ce mythe doit être définitivement enterré.
Pendant la grossesse, les symptômes sont souvent en sommeil — voire améliorés à partir du 2e trimestre. Mais après l’accouchement, la maladie peut reprendre. Et au premier trimestre, une aggravation temporaire est possible.
Ce que ça signifie concrètement : si tu arrêtes un traitement hormonal pour concevoir, il y a un risque d’évolution de la maladie pendant cette période. C’est un paramètre à intégrer dans ta stratégie globale, avec ton médecin.
Ce que tu dois retenir
| En résumé : ✓ L’endométriose augmente le risque d’infertilité, mais ne condamne pas à l’infertilité. ✓ La réserve ovarienne n’est menacée qu’en cas d’atteinte ovarienne directe. ✓ L’évaluation de la fertilité doit être globale, personnalisée, et inclure ton partenaire. ✓ L’EFI — estimable à l’échographie — guide la stratégie sans chirurgie diagnostique inutile. ✓ Chirurgie et PMA ne s’opposent pas : la décision dépend de ton profil et de ton projet. ✓ La grossesse n’est pas un traitement. L’évolution de la maladie doit être surveillée. ✓ Cette conversation doit avoir lieu dès le diagnostic — pas dans 2 ans. |
Savoir, c’est pouvoir. Si tu te poses ces questions et que tu veux faire le point sur ta situation, c’est exactement pour ça que j’ai créé un espace d’accompagnement personnalisé.
Sources
Référence de l’EFI Endométriose Fertility Index
Evaluation de l‘EFI avant la chirurgie
Page d’information sur l’Endométriose par le site Améli
F
