Quand la comparaison devient trop lourde à porter
En consultation, j’entends très souvent la même chose.
Des femmes qui me disent à quel point c’est devenu difficile de voir leurs amies tomber enceintes les unes après les autres.
L’une d’elles m’a particulièrement marquée. Elle essayait de concevoir depuis quelques mois, sans succès.
Une amie proche lui a annoncé une grossesse… non désirée.
Cette amie hésitait, doutait, parlait longuement de ses options.
💘 Ma patiente n’a pas pu continuer à l’écouter. Elle a coupé le contact. Non par manque d’affection, mais parce que c’était devenu trop douloureux.
Elle s’en voulait énormément.
Elle avait honte de ressentir ça.
Et pourtant, ce qu’elle vivait était profondément humain.
Si tu te reconnais dans cette situation — même un peu — j’aimerais que tu lises cet article comme une main tendue.
Parce que se comparer fait partie des grandes souffrances silencieuses du projet bébé, surtout après 35 ans.
Et surtout parce que tu n’as rien à te reprocher.
Pourquoi la comparaison fait si mal dans un projet bébé
Quand les autres deviennent un miroir douloureux
La comparaison ne surgit pas par hasard.
Elle apparaît quand quelque chose compte profondément pour toi.
Quand tu vois :
- une amie annoncer sa grossesse “sans y avoir vraiment réfléchi”,
- une collègue tomber enceinte en deux mois,
- des photos de ventres ronds sur les réseaux sociaux,
Ce n’est pas leur bonheur qui te fait souffrir.
C’est le décalage entre leur réalité et la tienne.
Et ce décalage peut devenir envahissant.
La comparaison te glisse alors des pensées sourdes :
- “Pourquoi pas moi ?”
- “Qu’est-ce que je fais de travers ?”
- “Je suis en retard.”
Ces pensées ne sont pas rationnelles.
Elles sont émotionnelles, viscérales, liées au désir profond d’enfant.

Les réseaux sociaux : un accélérateur de douleur
Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène.
Tu n’y vois le plus souvent qu’une version très partielle de la réalité :
- pas les mois d’attente,
- pas les traitements,
- pas les fausses couches,
- pas les larmes.
Tu compares ta vie réelle à la vitrine des autres.
Et plus tu regardes, plus tu te sens isolée.
Certaines femmes finissent par éviter les annonces de grossesse, les repas entre amies, voire certaines relations. Ce n’est pas de la froideur.
👉C’est une tentative de protection.
Fort justement, je vois aussi apparaître de plus en plus sur les réseaux des témoignages de parcours qui montre la réalité de l’AMP, ses bonheurs mais aussi ses douleurs.
Ces images peuvent générer un autre type d’identification et d’anxiété qui ne correspond pas forcément à ta propre situation. C’est très utile pour ne pas se sentir seule mais le risque est d’alourdir ta propre perception sur ton parcours, et d’anticiper négativement la suite.
Chaque personne a son histoire (et la fertilité n’est pas une course)
Pourquoi ton parcours n’est pas comparable à celui des autres
Chaque femme porte une histoire reproductive unique :
- son âge,
- sa réserve ovarienne,
- son équilibre hormonal,
- son histoire gynécologique,
- son parcours de vie,
- son partenaire éventuel et sa propre histoire.
Deux femmes du même âge peuvent vivre des trajectoires totalement différentes.
Cela ne dit rien de leur valeur, ni de leur avenir.

La fertilité n’est pas linéaire.
Elle n’obéit pas à un calendrier logique.
Tu peux essayer pendant des mois sans résultat, puis tomber enceinte quand tu t’y attends le moins.
Tu peux concevoir rapidement une première fois, puis rencontrer des difficultés ensuite.
La comparaison fait croire que la fertilité est une compétition chronométrée.
✅ Elle ne l’est pas.
Pourquoi se comparer fatigue le mental… et le corps
Quand tu te compares en permanence :
- ton esprit reste en alerte,
- tes pensées tournent en boucle,
- ton corps reste sous tension.
Le stress émotionnel chronique n’explique pas tout — ne culpabilise pas — mais il peut devenir un facteur aggravant.
Des études ont montré que le stress élevé et prolongé pouvait être associé à :
- une augmentation de l’anxiété,
- une altération de la qualité de vie,
- une plus grande difficulté à traverser les parcours de fertilité.
Se comparer n’aide pas ton corps.
Cela l’épuise.
Le sentiment d’être “en retard” : une construction sociale, pas une réalité biologique
Après 35 ans, beaucoup de femmes portent un poids supplémentaire :
celui du temps qui presse.
Tu entends :
- “Il ne faut pas trop tarder.”
- “Après 40 ans…”
- “À ton âge…”
Ces messages s’infiltrent partout.
Ils nourrissent l’idée que tu serais en train de rater quelque chose.
Pourtant, ce sentiment d’urgence est souvent plus social que médical.
Il écrase la singularité de ton parcours.
Être à un stade différent des autres ne signifie pas être en retard.
Cela signifie simplement être ailleurs.
Arrêter de se comparer ne veut pas dire ne plus ressentir
Arrêter de se comparer ne veut pas dire :
- être indifférente,
- être toujours heureuse pour les autres,
- ne plus ressentir de jalousie ou de tristesse.
Cela veut dire :
- reconnaître ce que tu ressens,
- arrêter de te juger pour ça,
- ne plus laisser ces émotions diriger ton estime de toi.
Tu peux être heureuse pour une amie et triste pour toi.
Ces deux émotions peuvent coexister.
Quelques pistes pour mieux vivre ton parcours dans ce projet bébé
Choisir ce que tu laisses entrer
Tu as le droit :
- de mettre à distance certaines conversations,
- de faire une pause sur les réseaux sociaux,
- de protéger ton espace mental.
Ce n’est pas fuir.
C’est prendre soin de toi.

Revenir à ton propre chemin
Quand la comparaison revient, tu peux doucement te demander :
- “Qu’est-ce qui est vrai pour moi aujourd’hui ?”
- “De quoi ai-je besoin là, maintenant ?”
Te recentrer sur ton parcours aide à sortir du bruit extérieur.
Ne pas avancer seule
Ce que je vois très souvent, c’est que la souffrance s’intensifie quand elle reste silencieuse.
Avancer seule est épuisant.
Avancer accompagnée change profondément le vécu.
Cela peut être :
- une amie qui comprend vraiment,
- un professionnel à l’écoute,
- un cadre qui te permet de déposer ce que tu portes.
Et quand le sur-contrôle s’installe…
La comparaison mène souvent au sur-contrôle :
- analyser chaque cycle,
- comparer chaque symptôme,
- chercher à “faire mieux”.
Si tu te reconnais là-dedans, je t’invite à lire aussi 👉 comment optimiser ta fertilité sans tomber dans le sur contrôle
Conclusion — Ton chemin mérite d’être respecté
Ton parcours n’est pas un échec.
Il est le tien.
Se comparer ajoute une souffrance inutile à un chemin déjà exigeant.
Te recentrer sur toi, c’est retrouver de la douceur, de la solidité, et de la dignité dans ton projet bébé.
Tu n’es pas en retard.
Tu avances.
Références scientifiques
- Greil et al., 2010 – Human Reproduction
Cette revue montre que l’infertilité est associée à une forte détresse psychologique, majorée par la comparaison sociale et le sentiment d’isolement. La souffrance est souvent invisible et peu exprimée.
Lien vers l’article - Dyer et al., 2018 – Human Reproduction Update
Les auteurs soulignent que l’isolement social et la stigmatisation augmentent l’anxiété et la dépression chez les femmes en parcours de fertilité, indépendamment du diagnostic médical.
Lien vers l’article - Verhaak et al., 2007 – Human Reproduction
Cette étude met en évidence le lien entre stress émotionnel, comparaison sociale et vécu négatif du parcours d’AMP, avec un impact important sur la qualité de vie.
Lien vers l’article
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