Santé gynéco · article · 7 min

Endométriose et fertilité : ce que tu dois vraiment savoir

Vous venez d’apprendre que vous avez de l’endométriose. Et la question surgit, souvent avant même de rentrer chez vous : est-ce que je vais pouvoir avoir des enfants ?

C’est l’une des premières choses que mes patientes me demandent. Et je comprends pourquoi — dans les médias, les deux mots sont collés ensemble comme une évidence : endométriose = infertilité. Ce raccourci est faux. Il est aussi dangereux, parce qu’il fait souffrir des femmes inutilement.

Alors voilà ce que vous devez vraiment savoir. Pas de langue de bois. Pas de faux espoir. Juste les faits, bien expliqués, pour que vous puissez décider en conscience.

Image d'une femme souffrant d'endométriose qui se tient le ventre en vivant la douleur

Endométriose et infertilité : stop au raccourci

Commençons par démonter l’idée reçue la plus répandue.

Oui, l’endométriose augmente le risque d’infertilité. Mais non, toutes les femmes atteintes ne sont pas infertiles. C’est une nuance capitale.

L’impact sur la fertilité dépend de plusieurs facteurs : le type de lésions, leur localisation, leur étendue, et leur retentissement sur votre environnement pelvien. Même les formes dites « superficielles » peuvent affecter les chances de conception — probablement par un mécanisme inflammatoire — ce qui laisse penser que l’endométriose est sous-diagnostiquée chez des femmes classées « infertilité inexpliquée ».

Les mécanismes en jeu

L’endométriose peut impacter la fertilité de plusieurs manières simultanées :

  • Anatomique : adhérences, kystes ovariens, atteinte des trompes qui bloquent mécaniquement le chemin de l’ovocyte.
  • Inflammatoire : l’inflammation chronique du pelvis perturbe la fécondation et réduit les taux d’implantation embryonnaire.
  • Ovocytaire : la qualité des ovocytes peut être altérée. Nous n’avons pas encore de marqueur pour le mesurer — c’est un champ de recherche actif.
  • Utérin : des anomalies d’implantation liées à des modifications de l’endomètre ont été identifiées.
  • Sexuel : les douleurs pelviennes chroniques (dysménorrhée, dyspareunie) impactent la sexualité et la vie de couple — et donc la conception naturelle.

🔑   Ce qu’il faut retenir : L’endométriose n’est pas une fatalité. C’est un facteur de risque parmi d’autres — qui mérite une évaluation sérieuse, personnalisée, et pluridisciplinaire.

Tableau de l'endométriose et projet de grossesse selon le type d'endométriose. La prise en charge d ’un projet de grossesse quand ll existe une endométriose doit être personnalisée selon la sévérité, le type et les complications éventuelles de l’endométriose par le Pr Nathalie Massin

Votre réserve ovarienne est-elle vraiment menacée ?

C’est une question légitime — et la réponse est plus nuancée qu’on ne le dit souvent.

L’endométriose n’affecte la réserve ovarienne que lorsqu’il y a une atteinte directe des ovaires, c’est-à-dire des endométriomes (kystes ovariens endométriosiques). Sans atteinte ovarienne, la réserve n’est pas touchée par la maladie.

Ce qui peut l’abîmer, en revanche, c’est la chirurgie. Chaque intervention sur les ovaires a un coût en follicules. C’est pourquoi la chirurgie des endométriomes n’est pas une décision anodine — elle doit toujours être pesée avec soin, en tenant compte du désir de grossesse et de la réserve disponible.

Comment évaluer votre réserve ?

L’évaluation passe par deux examens complémentaires :

  • Le compte des follicules antraux (CFA) à l’échographie.
  • Le dosage de l’AMH (hormone anti-müllérienne) dans le sang.

Ces deux examens peuvent être faits à n’importe quel moment du cycle. Et ils doivent être renouvelés dans le temps — tous les 6 à 12 mois — si vous avez une atteinte ovarienne ou une réserve initiale plus basse que la moyenne pour votre âge.

Pour aller plus loin sur la réserve ovarienne, je vous invite à consulter cet article sur la réserve ovarienne et la fertilité.

⚠️   Attention si vous êtes sous contraception. La pilule et les progestatifs peuvent faire baisser l’AMH et le CFA de 15 à 25 %. Ce n’est pas un signe de mauvaise réserve — c’est un effet du traitement. Il faut interpréter avec un facteur correcteur. ne vous laisse pas inquiéter par un résultat sorti de son contexte.

Votre projet de maternité : abordons-le franchement

Est-ce que vous voulez des enfants ? Quand ? Bientôt, ou dans quelques années ?

Ce n’est pas une question indiscrète. C’est médicalement nécessaire. Parce que la stratégie de prise en charge n’est pas la même selon que votre projet est pour dans 6 mois ou dans 5 ans.

Cette conversation doit avoir lieu dès le diagnostic — pas dans 2 ans quand vous essaiez de concevoir sans succès. Trop de femmes perdent un temps précieux parce que personne ne leur a posé la question au bon moment.

Ce que vous devez savoir pour décider librement

  • Les chances de conception naturelle diminuent avec l’âge, de façon significative après 35 ans — l’endométriose n’est qu’un paramètre supplémentaire.
  • Certains facteurs aggravent le pronostic : tabac, infections sexuellement transmissibles non traitées, d’autres causes d’infertilité chez votre partenaire. Autant les éliminer maintenant.
  • La préservation ovocytaire (congélation d’ovocytes) est une option à discuter si vous n’êtes pas prête à concevoir maintenant mais que votre réserve est fragile ou que vous avez une endométriose évolutive.

Vous n’avez pas à décider tout de suite. Mais vous avez le droit d’être informée maintenant. C’est ça, décider en conscience.

Chirurgie ou PMA : quelle stratégie pour vous ?

C’est LA question qui revient le plus souvent. Et la réponse honnête, c’est : ça dépend.

Il n’y a pas de protocole universel. La stratégie se construit à partir de votre bilan complet — type d’endométriose, état des trompes, réserve ovarienne, âge, durée d’infertilité, et bien sûr votre projet de vie.

L’EFI : l’outil qui change tout

L’Endometriosis Fertility Index (EFI) est un score clinique validé qui prédit les chances de grossesse selon votre profil. Il prend en compte :

  • Votre âge.
  • La durée de votre infertilité.
  • Vos éventuelles grossesses antérieures.
  • L’état de vos trompes et ovaires.

La bonne nouvelle : cet EFI peut désormais être estimé à l’échographie, avec une concordance de 85 à 95 % par rapport à l’évaluation chirurgicale. Ce qui signifie qu’on peut orienter votre prise en charge sans passer par une coelioscopie diagnostique — une opération qui ne se justifie plus en dehors d’une indication thérapeutique claire.

Les grandes lignes selon les recommandations

  • Formes légères : la chirurgie peut être discutée, mais le bénéfice sur la fertilité reste modeste. Le traitement médical seul n’améliore pas les chances de conception.
  • Formes modérées à sévères : la chirurgie améliore les chances de conception naturelle. En cas de réserve altérée ou d’échec, la PMA (et notamment la FIV) doit être proposée rapidement — sans attendre.
  • PMA : la FIV donne des résultats comparables à ceux des autres indications, quel que soit le stade de l’endométriose. Le nombre d’ovocytes recueillis peut être plus faible en cas d’endométriose sévère, mais le taux de naissance vivante reste équivalent.

💬   Ce que je dis à mes patientesIl n’est plus acceptable de laisser souffrir une femme pour concevoir. Si la conception naturelle n’est pas possible ou trop risquée, la PMA n’est pas un échec — c’est une solution. L’objectif est de trouver le chemin le plus efficace pour vous, le plus vite possible.

La grossesse guérit-elle l’endométriose ?

Non. Et c’est important de le dire clairement.

La grossesse n’est pas un traitement de l’endométriose. Ce mythe doit être définitivement enterré.

Pendant la grossesse, les symptômes sont souvent en sommeil — voire améliorés à partir du 2e trimestre. Mais après l’accouchement, la maladie peut reprendre. Et au premier trimestre, une aggravation temporaire est possible.

Ce que ça signifie concrètement : si vous arrêtez un traitement hormonal pour concevoir, il y a un risque d’évolution de la maladie pendant cette période. C’est un paramètre à intégrer dans votre stratégie globale, avec votre médecin.

Ce que vous devez retenir

En résumé :
✓  L’endométriose augmente le risque d’infertilité, mais ne condamne pas à l’infertilité.
✓  La réserve ovarienne n’est menacée qu’en cas d’atteinte ovarienne directe.
✓  L’évaluation de la fertilité doit être globale, personnalisée, et inclure votre partenaire.
✓  L’EFI — estimable à l’échographie — guide la stratégie sans chirurgie diagnostique inutile.
✓  Chirurgie et PMA ne s’opposent pas : la décision dépend de votre profil et de votre projet.
✓  La grossesse n’est pas un traitement. L’évolution de la maladie doit être surveillée.
✓  Cette conversation doit avoir lieu dès le diagnostic — pas dans 2 ans.

Savoir, c ’est pouvoir. Si tu te poses ces questions et que tu veux faire le point sur ta situation, c’est exactement pour ça que j’ai créé un espace d’accompagnement personnalisé.

Sources

Référence de l’EFI Endométriose Fertility Index

Evaluation de l ‘EFI avant la chirurgie

Page d’information sur l’Endométriose par le site Améli

F

Questions fréquentes sur ce sujet.

L’endométriose rend-elle forcément infertile ?

Non. C’est l’idée reçue la plus répandue, et la plus fausse. L’endométriose augmente le risque d’infertilité, mais toutes les femmes atteintes ne sont pas infertiles. L’impact réel dépend du type de lésions, de leur localisation, de leur étendue et de leur retentissement pelvien. Plusieurs mécanismes peuvent jouer simultanément : anatomique (adhérences, kystes, atteinte des trompes), inflammatoire, ovocytaire, utérin, et sexuel (douleurs qui impactent les rapports). Une évaluation personnalisée est indispensable.

L’endométriose abîme-t-elle ma réserve ovarienne ?

Pas systématiquement. La réserve ovarienne n’est affectée que lorsqu’il y a une atteinte directe des ovaires (endométriomes, kystes ovariens endométriosiques). Sans atteinte ovarienne, votre réserve n’est pas touchée par la maladie. En revanche, la chirurgie, elle, peut l’abîmer : chaque intervention sur les ovaires a un coût en follicules. C’est pourquoi opérer un endométriome n’est pas une décision anodine — elle doit toujours être pesée en fonction du désir de grossesse et de la réserve disponible.

Faut-il faire une chirurgie ou aller directement en PMA ?

Il n’y a pas de protocole universel — la stratégie se construit à partir de votre bilan complet (type d’endométriose, état des trompes, réserve ovarienne, âge, durée d’infertilité, projet de vie). L’Endometriosis Fertility Index (EFI), désormais estimable à l’échographie avec une concordance de 85 à 95 %, guide la décision sans cœlioscopie diagnostique inutile. Schématiquement : formes légères = bénéfice modeste de la chirurgie, formes modérées à sévères = chirurgie utile + PMA rapide en cas d’échec ou de réserve altérée. La FIV donne des résultats équivalents aux autres indications.

La grossesse guérit-elle l’endométriose ?

Non. Ce mythe doit être définitivement enterré. Pendant la grossesse, les symptômes sont souvent en sommeil — voire améliorés à partir du 2e trimestre — mais la maladie peut reprendre après l’accouchement. Au premier trimestre, une aggravation temporaire est même possible. Si vous arrêtez un traitement hormonal pour concevoir, intégrez ce risque d’évolution dans votre stratégie globale avec votre médecin. La grossesse n’est pas un traitement.

Vous avez vos bilans en main et vous voulez en parler ?

Découvrir mes offres →
← Retour à Santé gynécologique

Continuer la lecture

Dans la même série.